Commentaire

La liberté religieuse et l’équité pour tous

Une coalition de diverses communautés religieuses, dont l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, a déposé un mémoire d’amicus curiæ visant à exprimer son opinion sur la cause des mariages entre personnes de même sexe qui sera entendue sous peu à la Cour suprême des États-Unis. Cet article explique pourquoi l’Église a signé le mémoire.

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La cour suprême des États-Unis entendra bientôt les arguments à savoir si le mariage entre personnes de même sexe est un droit constitutionnel à l’échelle nationale et si chaque État doit reconnaître les mariages entre personnes de même sexe conclus dans les autres États. La décision devrait être rendue à la fin juin.

Aujourd’hui, le mariage entre personnes de même sexe est légal dans 37 États. Il y a seulement dix ou quinze ans, peu auraient prédit une transformation aussi rapide des climats juridique et social. Et pourtant, à en juger par le débat houleux au sujet de la liberté religieuse et des droits des homosexuels dans ce pays, le sujet semble loin d’être clos.

Afin de se faire entendre devant la Cour suprême à ce sujet, une coalition de divers groupes religieux, notamment l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, a récemment déposé un mémoire d’amicus curiæ devant la cour. Quoique la cause ait trait à la définition du mariage, le mémoire examine la liberté religieuse et les nombreuses manières dont les deux sont interreliées.

Télécharger le mémoire d’amicus curiæ des principales organisations religieuses (PDF) [en anglais]

Il y a quelques semaines, l’État d’Utah a adopté deux projets de loi qui protègent simultanément la liberté religieuse et interdisent toute discrimination contre les personnes LGBT en matière de logement et d’emploi. « L’équité pour tous » a été le slogan qui a rallié tous les partis. Ce compromis a fait la preuve que les tenants de points de vue opposés pouvaient se rejoindre et en arriver à un résultat mutuellement acceptable. Bien que les détails de la loi d’Utah puissent ne pas s’appliquer à chaque localité du pays, c’est l’approche qui compte : l’assemblée législative d’Utah a démontré que la tension entre la liberté religieuse et les droits des homosexuels ne doit pas être une bataille dans laquelle le vainqueur remporte tout et le vaincu n’obtient rien. En revanche, nous pouvons vivre ensemble malgré nos différences les plus profondes.

Alors pourquoi l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours supporte-t-elle les droits des personnes LGBT en matière de logement et d’emploi en se fondant sur l’équité pour tous, tout en s’opposant au mariage entre personnes de même sexe?

En premier lieu, l’Église ne cherche pas à forcer les gens – à plus forte raison ceux qui ne sont pas de notre religion – à vivre d’une manière particulière. Nous exposons nos valeurs sur la place publique et plaidons notre cause par le même processus démocratique qui est à la portée de tout un chacun. Nous ne pouvons pas plus prohiber les associations entre personnes de même sexe parmi la population générale que nous pouvons nous opposer à la cohabitation hétérosexuelle avant le mariage. Dans notre société pluraliste, nous faisons place aux droits et aux opinions des autres, plaidant de façon persuasive pour des lois qui défendent des principes moraux basés sur notre compréhension de l’Évangile de Jésus-Christ, et nous encourageons nos membres à vivre ces principes.

Pourtant, comme le stipule le mémoire d’amicus curiæ, la légalisation du mariage entre personnes de même sexe à l’échelle du pays fait beaucoup plus qu’accorder aux couples de même sexe le droit aux mêmes bénéfices que les couples hétérosexuels mariés. En redéfinissant ce que le mariage a été pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, la cour nuira à la capacité des personnes religieuses de participer pleinement à la vie civile américaine en tant que citoyens égaux.

Nous en avons déjà des exemples. Là où le mariage entre personnes de même sexe a été légalisé, par exemple dans les États d’Idaho et du New Jersey, les défenseurs des droits des homosexuels ont intenté des procès et entamé des procédures administratives pour tenter de forcer des dénominations religieuses à rendre accessibles leurs propriétés religieuses et leurs aménagements pour célébrer des mariages entre personnes de même sexe.

De plus, selon le mémoire, si la Cour suprême désigne aussi l’orientation sexuelle comme étant une catégorie méritant une protection spéciale, comme la race, alors « les croyants pourraient voir leur liberté d’expression et d’association, de même que le libre exercice de leurs droits, diminués ou bafoués dans nombre de domaines tels que l’éducation publique, l’emploi, les logements publics et la certification professionnelle ».

Pareilles restrictions se produisent déjà. Les juges de la Californie ne pourront bientôt plus se joindre aux scouts ni à tout autre groupe laïque de jeunes qui adhère à la moralité traditionnelle. L’agrément du collège Gordon est remis en question parce que son code d’honneur interdit « les relations sexuelles hors mariage et les pratiques homosexuelles ». Une étudiante en counseling du Michigan a été exclue de son programme quand elle a respectueusement demandé qu’un client homosexuel soit référé à l’un des nombreux autres conseillers dans les environs. Une société pluraliste qui démontre du respect et un souci d’équité véritables pour tous ne contraindrait ni ne forcerait ces individus ou ces entités à trahir leurs croyances religieuses et leur conscience.

De plus, le statut spécial de l’orientation sexuelle pourrait, affirme le mémoire, « supprimer et marginaliser les points de vue de la religion traditionnelle sur la sexualité et de ceux qui les maintiennent, provoquant des conflits juridiques, bureaucratiques et sociaux desquels découlerait toute une vaste et imprévisible gamme d’intérêts religieux. » Essentiellement, les croyances religieuses relativement à la moralité sexuelle traditionnelle pourraient en venir à être assimilées au racisme.

Le mémoire énonce que : « La Constitution fait preuve de sagesse en laissant les gens libres de résoudre le grand débat sur le mariage par l’intermédiaire des institutions démocratiques de l’État. Permettre à tous les citoyens de se faire entendre sur la manière de façonner leur destinée commune est la seule façon de procéder pour faire respecter les différents points de vue d’un peuple libre sur ce sujet d’une profonde importance politique, sociale et religieuse. C’est la seule manière de résoudre ce problème sans infliger des torts considérables à des millions de croyants et aux croyances et aux institutions qui leur sont chères. »

S’en remettre aux tribunaux pour résoudre ces problèmes sociaux complexes est une voie bien plus épineuse que de laisser les gens les régler eux-mêmes en faisant appel aux processus législatifs de leur propre coin de pays. Les cours ne peuvent statuer que sur les causes dont elles sont saisies. Conséquemment, leurs décisions ne laissent pas place aux compromis; par définition, un parti gagne tandis que l’autre perd. Une polarisation, de l’animosité ou une aliénation d’un camp ou de l’autre en est donc souvent le résultat.

Ce dont nous avons réellement besoin est un procédé qui permette les concessions de part et d’autre, des accommodements raisonnables et le respect mutuel. En se joignant au mémoire d’amicus curiæ, l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours exprime que « l’équité pour tous » est atteinte plus facilement dans les assemblées législatives que devant les cours.

Remarque concernant le nom de l’Église:Quand vous parlez de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, veuillez utiliser le nom complet de l’Église la première fois que vous la mentionnez. Pour avoir plus de renseignements sur l’utilisation du nom de l’Église, consultez notre Guide de rédaction.